Des pratiques pédagogiques efficaces !

jeudi 18 septembre 2014
par  Cyril Naudin
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Pierre-Yves Cusset a remis en août dernier au Premier Ministre un rapport sur les pratiques pédagogiques efficaces.


Il s’agissait de faire le point sur les résultats des études (principalement anglo-saxonnes) mesurant l’efficacité des pratiques faisant mieux progresser les enfants. Au niveau international, environ 50 000 études ont été consacrées aux facteurs qui favorisent l’efficacité de l’enseignement.


Vous trouverez dans le rapport de Pierre-Yves Cusset un développement très intéressant et très clair sur les principes et les limites méthodologiques de ces études.


 


Que retenir de ces études ?


A partir d’une sélection des travaux les plus rigoureux méthodologiquement parlant, l’auteur du rapport pointe plusieurs enseignements.


 


Dans le domaine de l’apprentissage de la lecture


> la découverte du principe alphabétique requiert un enseignement explicite et l’habileté à identifier et à manipuler les composants phonologiques de la langue est décisive pour l’apprentissage de la lecture


> l’instruction de la conscience phonémique a un effet positif sur l’apprentissage de la lecture et de la capacité à épeler. Elle ne constitue pas un apprentissage complet de la lecture, mais en est une fondation importante ;


> l’enseignement de la phonétique a un effet significatif tant sur le décodage que sur la compréhension. L’effet est particulièrement important pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, souffrent de handicaps ou sont issus de milieux sociaux défavorisés ;


> l’entraînement à la lecture à voix haute a une influence positive sur la reconnaissance des mots et l’aisance en lecture tandis que la lecture silencieuse ne présente pas d’effet sur les performances en lecture ;


> les méthodes de développement du vocabulaire ont une certaine efficacité pour améliorer la compréhension, mais la méthode doit être appropriée à l’âge et aux compétences de l’enfant. L’apprentissage du vocabulaire doit se faire à la fois directement et indirectement. La répétition et l’exposition répétée aux nouveaux mots sont importantes ;


> en ce qui concerne l’enseignement des stratégies de compréhension de textes, plusieurs exercices permettent de faire progresser les élèves : apprendre aux élèves à être conscients de leur niveau de compréhension du texte ; demander aux élèves d’échanger sur leurs stratégies de compréhension (apprentissage coopératif) ; utiliser des représentations graphiques pour aider à la compréhension ; demander aux élèves de répondre à des questions posées par l’enseignant ; leur demander de formuler eux-mêmes des questions sur le texte qu’ils sont en train de lire ; leur apprendre à prendre conscience de la structure du récit ; leur apprendre à résumer un texte ;


> il est possible d’améliorer la compréhension, à l’oral mais aussi à l’écrit, via un entraînement précoce (donc forcément sur un support oral en maternelle), reposant sur une approche explicite, à condition qu’il soit suivi suffisamment longtempss


> les formations à destination des enseignants en poste permettent une amélioration des acquisitions des élèves ;


> l’apprentissage assisté par ordinateur semble donner des résultats positifs mais beaucoup de questions restent sans réponse sur la façon d’utiliser efficacement cet outil.


 


Dans le domaine des mathématiques


> l’apprentissage coopératif : il repose sur le travail en petits groupes hétérogènes, généralement de deux ou quatre élèves. Au sein du groupe, les élèves ne sont pas laissés à l’abandon : le travail est structuré de façon à s’assurer que chaque élève participe effectivement à l’accomplissement de la tâche proposée. La coopération peut être obtenue par un encouragement à la discussion des points de vue ou bien par un partage des rôles au sein du groupe qui rend réellement les élèves dépendants les uns des autres. L’intérêt de l’apprentissage coopératif réside dans le fait qu’il met les élèves en interaction et les incite ainsi à verbaliser et à reformuler leurs idées, à comparer leurs stratégies et leurs façons d’apprendre. Il nécessite néanmoins un rôle actif de l’enseignant, qui doit s’assurer que l’élève le plus à l’aise aide effectivement celui qui a le plus de difficulté, que ce dernier accepte cette aide, qu’un élève ne prend pas tout simplement en charge, seul et pour l’ensemble du groupe, la résolution du problème, etc. Il s’agit donc d’une pratique qui demande un haut niveau d’attention de la part de l’enseignant en même temps qu’une grande technicité.


> le programme Improve, un programme israélien qui repose à la fois sur l’apprentissage coopératif et sur la mise en oeuvre de stratégies métacognitives (des méthodes par lesquelles on apprend aux élèves à se poser à haute voix des questions de compréhension, à rechercher des similarités et des différences avec d’autres problèmes abordés précédemment, à s’approprier des stratégies de résolution.)


 


Dans le domaine des sciences


Les méthodes d’investigation présentent un intérêt pour l’enseignement des sciences, à condition que les élèves ne soient pas livrés à eux-mêmes et que l’enseignant soit en mesure de les guider efficacement dans leur questionnement.


 


Pour conclure...


Pierre-Yves Cusset souligne qu’ "il ressort que les approches structurées, explicites, font preuve d’une particulière efficacité, notamment pour l’acquisition des compétences de base, lorsque les élèves sont jeunes et/ou lorsqu’ils connaissent des difficultés. L’approche structurée n’est pas synonyme d’enseignement magistral. Pour que l’enseignement soit efficace, il faut aussi que les élèves ne soient pas passifs, qu’ils soient réellement engagés dans l’apprentissage. Cela peut être obtenu de différentes manières, mais l’une d’entre elles, l’apprentissage coopératif entre pairs, fait preuve d’une efficacité au-dessus de la moyenne. Guidés par les enseignants, les élèves sont ainsi amenés à clarifier, à formaliser et à expliciter leurs raisonnements."


 


Télécharger le rapport ICI.